Un refuge n’est pas un hôtel avec vue. C’est un dortoir à 2 000 mètres où tout le monde dîne à la même heure, où la lumière s’éteint à vingt-deux heures et où le drap, c’est vous qui l’apportez. Ceux qui le savent à l’avance passent une des plus belles nuits de leur vie. Ceux qui l’ignorent, souvent, ne reviennent pas.
Ce guide explique comment se passe vraiment une nuit en refuge dans les Dolomites de Belluno : ce que cela coûte en 2026 avec les chiffres officiels, si la carte du CAI est rentable, comment on réserve, ce qu’il faut mettre dans le sac et ce qui se passe entre l’arrivée et le petit-déjeuner.
Ce qu’est un refuge, et ce qu’il n’est pas
Un refuge alpin est un hébergement en altitude, souvent accessible seulement à pied, né pour abriter ceux qui marchent. Il a un gardien, une cuisine, des couchages et un règlement écrit. Il n’a presque jamais de chambres individuelles, de service en chambre, de wi-fi fiable, de distributeur de billets en état de marche ni de chauffage allumé en juillet.
La différence essentielle avec un hôtel n’est pas le confort. C’est que le refuge a une fonction de sécurité. C’est pour cela qu’existent les places de secours, que personne n’est renvoyé dans la nuit, et que les tarifs maximaux sont fixés à l’échelle nationale plutôt que laissés au marché.
Un bivouac, c’est tout autre chose

Le parc national des Dolomites de Belluno compte neuf bivouacs : Brendol (1 686 m), Campotorondo (1 763 m), La Vareta (1 709 m), Le Mandre (1 378 m), Le Prese (1 442 m), Malga Alvis (1 573 m), Monsampian (1 902 m), Ramezza Alta (1 485 m) et Tavernazzo (1 104 m).
Ce sont des abris non gardés, entretenus par le CAI ou par des associations locales : toujours ouverts, gratuits, sans réservation et sans personne pour vous attendre. Pas de dîner, souvent pas d’eau, parfois pas de matelas. Qui y dort monte tout et surtout redescend tout. Ce n’est pas une façon d’économiser, c’est une autre façon d’être en montagne, et on les laisse exactement comme on les a trouvés.
Ce que cela coûte vraiment en 2026
Le CAI fixe chaque année les tarifs maximaux des refuges de son réseau. Voici les chiffres 2026, par personne et par nuit, nuitée seule.
| Couchage | Non-membres | Membres du CAI et clubs en réciprocité | Membres du CAI de moins de 25 ans |
|---|---|---|---|
| Place en dortoir, matelas et couvertures | de 30,00 à 44,00 € | de 24,00 à 35,20 € | de 21,00 à 30,80 € |
| Petite chambre jusqu’à 4 places | de 34,50 à 43,50 € | de 27,60 à 34,80 € | de 24,15 à 30,45 € |
| Place de secours | de 7,00 à 14,00 € | de 5,60 à 11,20 € | de 4,90 à 9,80 € |
Les fourchettes dépendent de la catégorie du refuge, de A/B à E, et le maximum absolu revient à la Capanna Regina Margherita, à 4 554 mètres sur le mont Rose, qui n’a rien à voir avec le Bellunois. Les refuges des Dolomites de Belluno se situent dans le bas et le milieu du tableau.
Ce sont ensuite les règles qui font la facture :
- Chauffage, du 1er octobre au 30 avril : supplément de 30%, uniquement pour les non-membres.
- Demi-pension : remise minimale garantie de 20% pour les membres du CAI et des clubs en réciprocité, 30% pour les membres de moins de 25 ans.
- Repas au-dessus de 20 euros par personne, boissons exclues : remise minimale de 10% pour les membres.
- La remise membre sur la nuitée vaut pour trois nuits consécutives au maximum dans le même refuge.
- Le sac à viande personnel est obligatoire. Ce n’est pas un conseil, c’est écrit dans le tarif.
Un exemple réel : le Rifugio Tissi

Le Tissi, sur la terrasse la plus célèbre de la Civetta, publie ses tarifs pour l’été 2026. Dortoir : 34,50 euros pour les non-membres, 27,50 pour les membres du CAI. Petite chambre jusqu’à quatre places : 39,00 et 31,50. Petit-déjeuner 16,00 euros pour tous. Demi-pension en dortoir : 76,00 euros pour les non-membres, 60,00 pour les membres ; en chambre 80,00 et 64,00 ; moins de dix ans 55,00. Plus un euro de taxe de séjour.
Ces chiffres valent pour presque tous les refuges de l’Alta Via 1. Le budget réaliste d’une nuit en demi-pension en 2026 est de 60 à 80 euros par personne, bière non comprise.
La carte du CAI est-elle rentable ?
Tout le monde se pose la question, et la réponse est arithmétique.
La section de Belluno demande 50 euros pour l’adhésion ordinaire, 25 euros pour un membre de la famille et pour les juniors entre 18 et 25 ans, 15 euros pour les moins de 18 ans, plus 5 euros une seule fois pour l’émission de la carte. Les cotisations varient d’une section à l’autre.
- L’adhésion pour l’année suivante s’ouvre le 1er novembre.
- La couverture court du 1er janvier au 31 mars de l’année suivante ; passée cette date, sans renouvellement, l’assurance et les revues s’arrêtent.
- Dernier jour pour adhérer au titre de l’année en cours : 31 octobre.
- Le siège de Belluno se trouve piazza San Giovanni Bosco 11, ouvert mardi et jeudi de 17 h à 20 h de janvier à mars, et le jeudi de 18 h à 20 h d’avril à décembre, août excepté. L’adhésion est aussi possible en ligne.
Le calcul. Sur une nuit en demi-pension au Tissi, un membre économise 16 euros. Sur quatre nuits, soit une courte traversée de l’Alta Via 1, l’économie dépasse 60 euros et l’adhésion ordinaire est déjà remboursée. À deux, si l’un adhère comme membre de la famille, le seuil arrive encore plus tôt.
Et il y a ce qui ne figure pas sur la liste des prix : l’assurance secours en montagne incluse dans la cotisation et les remises dans les refuges de tout l’arc alpin.
Regardez d’abord la carte que vous avez déjà
C’est le point que presque personne ne connaît, et il vaut de l’argent. Le tarif du CAI place les membres du CAI et les membres des clubs alpins étrangers en réciprocité dans la même colonne. Qui est adhérent de l’Alpenverein autrichien, du Deutscher Alpenverein, de l’Alpenverein Südtirol, du Club Alpin Suisse ou d’un autre club en réciprocité paie le tarif membre dans tous les refuges du CAI, remise sur la demi-pension comprise.
Si vous êtes adhérent du Club alpin français ou d’un autre club de montagne, vérifiez avant de partir s’il a un accord de réciprocité avec le CAI : c’est un courriel, et l’écart sur quatre nuits se compte en dizaines d’euros. Et emportez la carte, physique ou dans l’application. Sans carte en main, le gardien applique le tarif non-membre, et il a raison.
Comment on réserve

Deux voies. La première est le portail prenotarifugi.cai.it, porté avec le soutien du ministère italien du Tourisme et du CAI : il rassemble refuges du CAI et refuges privés et permet de réserver plusieurs étapes d’une traversée en une seule session, ce qui change la vie sur une Alta Via. La seconde est le site ou le téléphone du refuge, qui reste le canal le plus fiable pour toute demande particulière.
Les conditions comptent plus que la disponibilité. De nouveau le Tissi, parce qu’il est représentatif :
- Acompte de 20 euros par personne, retenu en garantie et jamais remboursable.
- Annulation dans les trente jours précédant l’arrivée, ou absence : on paie la totalité de la réservation.
- Selon le règlement du CAI, la place est tenue jusqu’à 18 heures. Passé cette heure, le gardien peut la donner à qui arrive.
Deux conséquences pratiques. La première : si vous êtes en retard, téléphonez, toujours, même si le réseau est mauvais et que l’appel dure dix secondes. La seconde : sur les refuges de l’Alta Via 1, les week-ends de juillet et août se réservent des mois à l’avance, pas des jours.
Ce qu’il faut mettre dans le sac
La liste courte de ce qui sert vraiment, et que presque tout le monde oublie au moins en partie.
- Un sac à viande. Obligatoire, léger, en soie ou en coton. Sans lui, certains gardiens en vendent, d’autres non.
- Des bouchons d’oreilles. Dans un dortoir de vingt personnes, quelqu’un ronfle. Statistiquement, toujours.
- Des espèces. Beaucoup de refuges acceptent la carte, mais la ligne saute et le terminal s’arrête. Avoir le montant de la nuit en liquide relève du bon sens.
- Une frontale. Pour le dortoir dans le noir et pour le départ de cinq heures.
- Des chaussures d’intérieur légères : les chaussures de montagne restent à l’entrée.
- Des lingettes : la douche existe souvent, souvent à jeton, et dans certains refuges l’eau est rationnée.
- Une petite batterie externe : les prises sont rares et disputées.
Ce qui ne sert pas : grande serviette, sèche-cheveux, rechange complet pour chaque jour, sac de couchage lourd. Les couvertures sont fournies par le refuge.
Comment se déroule la journée
Le rythme est le même dans presque tous les refuges des Dolomites de Belluno, et le connaître évite la moitié des maladresses.
On arrive entre 15 et 18 heures. Chaussures de montagne à l’entrée, chaussons, on donne son nom au gardien, on paie ou on laisse une pièce d’identité. Avant quinze heures, le refuge est dans la pause entre le déjeuner et le dîner et le dortoir n’est généralement pas prêt.
Le dîner a une heure fixe, en général entre 18 h 30 et 19 h 30, servi à des tablées communes. On ne choisit pas sa table et souvent pas le menu : il y a une entrée, un plat et un dessert identiques pour tous, avec des alternatives convenues à la réservation, pas le soir même. Régime végétarien et intolérances se signalent en réservant.
À vingt-deux heures, on éteint. Le silence n’est pas une politesse, c’est une règle : à cinq heures du matin, quelqu’un part pour une via ferrata et doit avoir dormi. Si vous rentrez tard au dortoir, préparez le sac avant, dehors.
Le petit-déjeuner est tôt, souvent à partir de 6 h 30 ou 7 heures. Qui part avant convient d’un casse-croûte la veille. On laisse les couvertures pliées et la place en ordre.
Les refuges de Belluno à connaître

Dans le parc national des Dolomites de Belluno, ils sont six : 7° Alpini (Belluno), Bruno Bòz (Cesiomaggiore), Furio Bianchèt (Sedico), Giorgio Dal Piaz (Sovramonte), Pian de Fontana (Longarone) et Sommariva al Pramperét (Longarone). Le parc les indique ouverts l’été, en général de juin à septembre, avec des locaux d’hiver non gardés accessibles toute l’année.

Du côté de l’Agordino et du Zoldano, le long de l’Alta Via 1, la chaîne classique est Coldai, Tissi, Vazzoler et Carestiato, tous face à la paroi de la Civetta. Ce sont les plus réservés de la province et les premiers complets.
Pour les dates, la règle à retenir est celle du CAI de Belluno : les refuges de la section ouvrent en principe de la mi-juin au 20 septembre, avec des ajustements par gardien. Le 7° Alpini annonce mai-octobre, le Bianchet du 1er juin au 30 septembre plus les week-ends d’avril, mai et octobre, le Dal Piaz du 1er juin au 20 septembre. À partir de fin septembre, comme le raconte notre guide des Dolomites de Belluno en automne, on marche avec le déjeuner dans le sac.
Les erreurs les plus fréquentes
- Se présenter en août sans réservation. Sur l’Alta Via 1, cela signifie presque à coup sûr une place de secours, s’il en reste.
- Arriver après 18 heures sans prévenir. La place a pu être réattribuée.
- Compter sur un distributeur. Il n’y en a pas. Et le terminal dépend d’un réseau qui va et vient.
- Emporter un sac de couchage au lieu d’un sac à viande. Il pèse trois fois plus et ne satisfait pas le règlement.
- Réserver la demi-pension sans signaler ses intolérances. Une cuisine de refuge n’improvise pas : elle cuisine pour quarante personnes avec ce qui est monté en hélicoptère.
- Tenir la douche chaude pour acquise. Dans beaucoup de refuges, l’eau vient de la neige fondue ou de la pluie récupérée.
Questions fréquentes
Peut-on dormir en refuge sans être membre du CAI ?
Bien sûr. On paie le tarif non-membre, supérieur d’environ 20 à 25%, et pendant la saison froide s’ajoute le supplément chauffage de 30% que les membres ne paient pas.
Faut-il réserver même pour une seule nuit en semaine ?
Oui. Même hors saison, le gardien doit savoir pour combien de personnes cuisiner, et les courses montent à pied ou en hélicoptère. Un appel le matin même est le minimum.
Peut-on dormir en refuge avec des enfants ?
Oui, et beaucoup de refuges ont des tarifs réduits pour les plus jeunes. Le Tissi applique 55 euros en demi-pension avant dix ans. Les chambres de quatre coûtent un peu plus mais règlent la nuit.
Quelle différence entre une place et une place de secours ?
Une place est un couchage en dortoir ou en petite chambre, avec matelas et couvertures. Une place de secours est ce que le refuge improvise quand il est plein et que quelqu’un arrive quand même : bien moins chère, mais non réservable et pas une façon d’économiser.
Et les chiens ?
Cela dépend de chaque refuge, et la réponse change d’un gardien à l’autre. Demandez au moment de réserver, toujours, et considérez la réponse comme contraignante.
La part qui n’est pas dans le tarif
Tout ce qui précède, c’est de l’organisation. La raison pour laquelle cela vaut le coup est ailleurs : au refuge, on voit l’heure qu’on ne voit jamais depuis la vallée. Le moment où le soleil quitte les parois et où la roche devient orange, puis rose, puis grise. Les randonnées à la journée la manquent toujours, parce qu’à cette heure-là on descend.
Et il y a la tablée, ce qui surprend le plus ceux qui viennent pour la première fois : quarante inconnus qui dînent ensemble, échangent des informations sur les sentiers et se souhaitent bonne nuit à dix heures. C’est une façon d’être en montagne qui ne ressemble à rien de ce qu’on trouve plus bas, et dans les Dolomites de Belluno elle coûte moins cher et se trouve plus facilement qu’ailleurs.
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Image de couverture : le Rifugio Sonino al Coldai. Photo : kallerna, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

